portrait d´acteurs Souleymane Yacouba Mamane met les pieds dans le lisier et le bras dans le cul des vaches. C’est son job, celui qu’il pratique depuis trois ans au sein du cabinet vétérinaire de Ligueil. Il fait « 80 % de rural », passant les quatre cinquièmes de son temps dans les fermes du coin, où on aime le voir arriver, mais le moins souvent possible : pour un éleveur, faire déplacer un vétérinaire n’est pas gratuit. Alors les agriculteurs ne décrochent leur téléphone que pour des situations d’urgence : parce qu’un jeune veau souffre de diarrhées, qu’une vache ne rumine plus ou qu’elle ne peut plus se lever… Son expertise et rien d’autre Sur le terrain, Souleymane ne dispose que de ses mains, d’un thermomètre et d’un stéthoscope pour poser son diagnostic. Il ausculte et agit immédiatement : une dose d'antibio, une mixture à faire ingérer pour faciliter la digestion… Rapide et efficace. Pendant ses tournées, on ne cueille pas des primevères en forêt. « Je vais vite, il faut me suivre », enjoint-il. Après une visite dans une première exploitation, il part, trente kilomètres plus loin, en lisière de Vienne, écorner deux vaches puis euthanasier une bête en mauvaise posture. « Peut-être qu’elle a avalé un morceau de canette jetée par un automobiliste quand elle était au pré », suppose sa propriétaire. Il n’y aura pas le temps pour le vérifier par une autopsie ; Souleymane injecte déjà la dose létale. Il déteste ça, préférant d’ailleurs dire qu’il « abrège les souffrances » de l’animal. « Là où il y a de la vie, il y a la mort », philosophe l’éleveuse pour masquer sa tristesse et son dépit. Apprivoiser les regards Pour les éleveurs, une vache ou une chèvre est un être vivant, mais aussi une source de revenus. On ne blague pas avec ça, ce qui n’empêche pas le praticien de délivrer, quand c’est possible, un peu de légèreté. « Souleymane ? Il est toujours de bonne humeur », confirme un éleveur. En France, le soignant a appris à apprivoiser les regards surpris de voir sortir de son utilitaire un vétérinaire africain. Souleymane est en effet né et a grandi au Niger, « dans un village », assure-t-il initialement. Ce « village » est en fait la deuxième ville du pays, Zinder, 300 000 habitants. Là-bas, sa famille possédait une ferme, son papa était vétérinaire. Les chiens ne font pas des chats ? « Franchement, je ne voulais pas faire comme mon père, répond l’intéressé. Avec mes copains, on voulait plutôt entrer dans l’armée ». « Ma vie, elle est ici » Souleymane a sûrement fait le bon choix. S’il ne s'imaginait pas, gamin au Niger, « soigner des vaches dans le Lochois », il s’est plu à Ligueil, après avoir exercé en Corrèze. « Ma vie, elle est ici », témoigne-t-il, même si cette vielà n’est pas de tout repos. Les kilomètres à avaler, les gardes le week-end, les réveils en pleine nuit pour un vêlage difficile… Avant d’enchaîner sur des journées denses, où Souleymane va s’occuper, aussi, de la santé des chiens et des chats au sein du cabinet où exercent deux autres vétérinaires, Mia Goedertier et Pierre Petit. « Il y a du travail, mais Souleymane apporte beaucoup d’enthousiasme », explique ce dernier. Pas besoin de nous le préciser : on avait déjà fait ce diagnostic. Depuis près de 3 ans, Souleymane Yacouba Mamane arpente le Sud Touraine pour soigner bovins et ovins. Un service essentiel en ruralité, que ce Franco-Nigérien exerce au sein du cabinet vétérinaire de Ligueil. En mêlant rigueur, empathie et joie de vivre. La vie de Souleymane 11 en commun • automne 2025 agir ensemble
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