Voilà plusieurs années que le service milieux aquatiques de Loches Sud Touraine intervient sur l’Esves à Ligueil sous la houlette de la technicienne de rivières, Lisa Zaganelli. Objectif : permettre à la rivière de retrouver son aspect naturel et ses fonctions écologiques, 65 ans après les premiers grands travaux de remembrement et les débuts de l’artificialisation des sols. Une rivière artificiellement modifiée Le remembrement visait à limiter les débordements des rivières et agrandir les parcelles pour faciliter l’exploitation des terres en les rendant notamment accessibles aux engins agricoles. Pour transformer des prairies d’élevage en champs cultivables, des parcelles ont été drainées et des cours d’eau curés et déplacés : le tracé de l’Esves a été artificiellement modifié sur 90 % de son linéaire, sa sinuosité naturelle a été effacée, laissant la place à un profil agrandi et rectiligne. À Ligueil, derrière l’actuelle station d’épuration, l'Esves a été littéralement déplacée de son lit d’origine. « L’Esves a été déconnectée de sa nappe phréatique et de son espace environnant qu’on appelle le lit majeur, ces modifications ont profondément impacté la qualité du milieu aquatique, l’eau et la biodiversité. Cette rivière est devenue, sur une majeure partie de son linéaire, une eau stagnante qui s’eutrophise rapidement, limitant le développement de la faune et de la flore locales », explique Lisa Zaganelli. Retrouver les méandres d’origine En s'appuyant sur les documents des ingénieurs des années 60 conservés aux Archives départementales, la technicienne a retrouvé le profil de l'Esves avant travaux, ce qui a permis l’été dernier de la remettre dans son lit d’origine et de lui redonner ses méandres naturels. « Les cours d’eau sont des espaces dynamiques : ils ont une diversité de largeur, de profondeur, de sinuosité, de substrat ; en retrouvant ses caractéristiques, le lit mineur de l’Esves va de nouveau interagir avec sa nappe phréatique et avec les prairies communales environnantes qui vont redevenir de vraies zones humides et rejouer un rôle pour l’expansion des crues. Lors des périodes de sécheresse, cette sinuosité contribuera naturellement à ralentir l’eau, à maintenir l’humidité dans les sols et même à recharger la nappe phréatique. » Une rivière naturelle en somme, moins vulnérable aux aléas climatiques à répétition. Une rivière et différents usages Ces travaux sur l’Esves ne sont pas les premiers ! Dès 2016, d’autres travaux avaient permis de rétablir « la continuité écologique » du cours d’eau dans la ville, autrement dit la libre circulation des organismes vivants et le transport naturel des sédiments. Il faut dire que Ligueil est traversé par un réseau hydraulique complexe : l’Esves traverse le bourg en plusieurs bras destinés autrefois à alimenter en eau la laiterie de Ligueil, à répartir le débit de l’Esves et à servir d’exutoire aux eaux usées. Au fil du temps, les ouvrages de ce réseau ont provoqué un envasement important, ils ont parfois favorisé des inondations, banalisé la biodiversité et rendu difficile la circulation des poissons, notamment l’anguille. Lutter contre l’envasement de l’Esves « J’avais rencontré, avec l’aide des élus municipaux, une cinquantaine de riverains de l’Esves pour les convaincre de l’intérêt des travaux, se souvient Lisa Zaganelli, en amont de Ligueil. Il s’agissait alors de répartir le débit en faveur des bras naturels du bourg et de créer une prise d’eau franchissable par les poissons en contournant la vanne des Grands Foulons. Ce bras de contournement, long de 370 mètres, a été aménagé en respectant un aspect sinueux le plus naturel possible, favorisant ainsi un débit continu », raconte Lisa. En 2022, trois clapets ont été supprimés en aval du bourg. « Les ouvrages comme ceux-là avaient été mis en place pour cacher les problèmes de salubrité de la ville en maintenant une hauteur d’eau dans les bras ». Des banquettes végétalisées ont été créées pour réduire la largeur du cours d’eau et retrouver des écoulements plus rapides, favorisant l’autocurage naturel du lit. Le visage de l’Esves se transforme définitivement : l’eau est libérée et les usages de la rivière sont respectés, à savoir le maintien en eau du moulin des Grands Foulons et la préservation des étangs alimentés par le cours d’eau. Protéger la rivière des eaux de ruissellement Le service milieux aquatiques intervient aussi sur les bassins versants en amont du cours d’eau. Cet été, deux zones tampons ont été réalisées entre Ligueil et Ciran pour protéger l’Esves des eaux chargées en sédiments et en polluants en cas de pluie intense. « Ce dispositif permet de ralentir les eaux en limitant les pics de crue et les réceptionne dans une succession de bassins, de noues et de roselières qui favorisent le processus naturel d’autoépuration. » L’année 2025 marque la fin des ambitieux travaux menés sur l’Esves à Ligueil par Loches Sud Touraine depuis 2016. Des années d’efforts récompensées par la satisfaction des riverains... et des scientifiques confirmant le retour de la biodiversité. Un chantier qui fait déjà école au niveau régional. Autrefois rectiligne, le tronçon de l'Esves situé derrière la station d'épuration a retrouvé ses méandres d'origine grâce aux travaux de Loches Sud Touraine. Lisa Zaganelli, technicienne de rivières, sur le chantier de reméandrage de l'Esves mené durant l'été 2025, ici avec les entreprises de travaux, Varvoux TPF, Busser Provost TP, Dos Santos et Fils. terre commune 18 Aménager, entretenir et préserver notre ruralité. Ligueil : et au milieu coule une rivière
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