journal en commun - Hiver 2026 / N°14

ici les artistes ! Il y a des chapes qui pèsent, et des CHAAP qui libèrent. Celles qui existent à Ligueil et Descartes font partie de la deuxième catégorie. Pour les noninitiés aux acronymes de l’Éducation Nationale, la CHAAP définit une Classe à Horaires Aménagés en Arts Plastiques. Le principe est simple : les élèves qui s’inscrivent dans cette démarche suivent toutes les semaines un apprentissage renforcé des arts, autour d’une « transversalité » assumée : à Ligueil et à Descartes, ce sont certes des enseignants d’arts plastiques qui pilotent le projet, mais ils y associent volontiers leurs collègues de français, de musique, de SVT, etc. « Une vraie chance » Aux collèges Roger-Jahan et Maurice-Genevoix, Eva Teparii et Tristan Regnault sont les deux professeurs référents des quatre CHAAP existantes (en 6e et 5e dans le premier établissement, en 4e et 3e dans le second). « L’initiative vient de l’Éducation Nationale qui a laissé l’opportunité à des collèges et des enseignants intéressés de monter un dossier dans le secteur. C’est ce que nous avons fait avec Tristan avec aussi le soutien de nos chefs d’établissements et l’appui de l’Inspecteur Pédagogique Régional d'arts plastiques, Alain Murschel », explique Eva Teparii. Pour un enseignant en arts plastiques, souvent habitué à ne voir ses élèves qu’une heure dans la semaine, les horaires aménagés des CHAAP changent tout, puisqu’il bénéficie de trois heures de suite avec eux. Eva Teparii l’admet : « c’est un vrai plus pour nos élèves », lesquels y ont définitivement pris goût. Pour Evan, Nathan, Nora, Elena ou Leylani, élèves de 5e, « cet après-midi de cours passe trop vite parce qu’on vient par envie ! » Leur professeur apprécie également de pouvoir monter des projets partenariaux avec des acteurs culturels du territoire, comme le musée de la Préhistoire du Grand-Pressigny ou le Centre de Création Contemporaine Olivier Debré, à Tours. Des établissements que ses élèves vont visiter et dont ils vont s’inspirer lors d’activités réalisées en classe. « Ici, l’accès à la culture urbaine reste limité ; alors oui, pouvoir la côtoyer de près est une vraie chance », explique Eva Teparii. D’autres artistes et acteurs culturels interviennent également en classe et animent des ateliers de création ; tout cela donnant lieu dans le collège à des expositions où les parents sont conviés. La classe de 5e du collège Roger-Jahan prépare ainsi, cette année, une exposition itinérante qui permet aux élèves de découvrir les bases de la muséographie. « L’idée générale de ces deux classes, à Descartes, est de faire découvrir aux enfants les métiers des arts, de la culture et de l’artisanat. Ils déflorent des techniques, font avec leurs mains, et c’est très valorisant. Pour certains, il peut également s’agir d’une forme d’échappatoire. » Récompensés à Tours « Le dessin m’a permis d’aller mieux quand ça allait mal. » Pour entendre cette phrase, il faut se rendre à Ligueil, dans la CHAAP de 3e de Tristan Regnault. Imme, une jeune Hollandaise particulièrement douée pour manier le crayon raconte comment l’art l’a aidée, petite, à traverser l’enfance. Sans surprises, elle a postulé pour intégrer en 4e cette CHAAP quand la possibilité lui en a été donnée. Sur un principe similaire à ce qui se passe à Descartes, les élèves du collège de Ligueil bénéficient d’un mardi après-midi dégagé pour créer, observer, façonner et apprendre. Tristan Regnault montre la variété des œuvres conçues par ses élèves : des carnets de voyage fictifs, des pochoirs ou de superbes planches de BD, Grabuge à l’éperon de Murat, pour lesquelles ils ont d’ailleurs été récompensés du premier prix collège lors du dernier festival À Tours de Bulles. Tout cela est très impressionnant, presque autant que la maturité dont font preuve Jade, Sabrina, Linoa et Sarah, un petit groupe de filles prolixe et particulièrement à l’aise pour décrire le fonctionnement atypique de cette classe. « La meilleure journée de la semaine c’est vraiment le mardi !, livrent-elles. En classe on est 13, on s’entend tous bien, on est un peu dans notre bulle. On déambule en toute liberté, on utilise nos sens, et en plus on n’a pas de pression. » Leur pratique leur ouvre visiblement l’esprit : « pour nous, l’art, c’est hyper important, conviennentelles. Ça nous apprend par exemple à accepter nos échecs. » Rêver plus grand À quoi cette éducation poussée aux arts leur servira-t-elle ensuite ? « Ça va ajouter une ligne à notre CV », pense déjà une élève qui se verrait bien plus tard architecte ou designeuse. « On découvre de nouvelles causes, comme la préservation de la biodiversité ou le gaspillage alimentaire. On est encore très jeunes, on ne connaît pas encore le monde qui nous entoure », témoigne une autre. « C’est une activité qui nous sépare de notre téléphone, et qui nous montre aussi qu’on peut l’utiliser pour autre chose que les réseaux sociaux. » Dans cette classe à l’atmosphère sereine, tous les élèves ne s’imaginent pas travailler dans une filière artistique. « Moi, je veux bosser dans l’armée », dit même l’une d’elles qui compte pourtant profiter à fond de cette expérience pour « pouvoir exprimer des choses ». Comme cette jeune Ukrainienne, discrète autrice d’un carnet de voyage bluffant sur le Japon, ou comme Imme, qui souhaiterait poursuivre en internat son apprentissage au lycée Choiseul de Tours. Le stylisme ou la décoration intérieure la tentent ; elle s’imagine aussi, en faisant semblant de ne pas trop y croire, exposer ses œuvres dans un musée. En attendant d’atteindre l’inaccessible étoile, elle se donnera les moyens de faire fructifier ses dons naturels que, pendant deux ans, ce système éducatif français parfois décrié aura entretenus et affermis. Vous voulez suivre les travaux des classes CHAAP de Ligueil et Descartes ? C’est sur Internet et Instagram ! www.college-roger-jahan.fr amazingart_chaap Ados-artistes Aux collèges de Descartes et de Ligueil, quatre classes bénéficient d’horaires aménagés pour découvrir, connaître et pratiquer les arts plastiques. Un dispositif qui permet à ces jeunes élèves de donner libre cours à leur créativité et d’envisager d’autres perspectives professionnelles. en commun • hiver 2026 21 cultures partagées On déambule pour créer avec liberté, on utilise nos sens, et en plus, on n’a pas de pression.

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