Comment, chacune, êtes-vous rentrée dans la vie municipale ? Caroline Krier : en 2001, je m’étais présentée à Sennevières sur une liste dont la tête de liste avait été battue dès le premier tour, c’était encore l’époque du panachage. Après discussion, le conseil municipal a décidé de m’élire, ce qui n’était pas du tout prévu au départ. À 35 ans, je devenais la première femme maire du village, en commençant mon mandat par un remembrement ! Cécyl Deruyver : comme Caroline, je n’avais pas de velléité. À l’époque, j’étais une vraie citadine qui arrivait de la frontière belge, j’avais été élue à Saint-Quentin dans un conseil municipal où l’on se succédait de père en fils. Avant les élections de 2014, un de ces messieurs m’a dit : « Je vais me présenter mais comme je ne suis pas encore à la retraite, tu vas gérer pendant deux ans et ensuite, je reprendrai les rênes. » Je lui ai répondu que ça ne marcherait pas comme ça, et j’ai monté une liste avec des personnes venant de tout horizon, avec l’idée de réveiller SaintQuentin, que j’appelais la « belle endormie ». Annie Courlivant : avant d’être élue maire de Dolus en mars dernier, j’avais été élue au conseil municipal dans les années 2000. L’an dernier, on m’a sollicitée pour être adjointe, mais notre tête de liste a finalement renoncé pour des raisons professionnelles. Il m’a alors demandé de prendre le relais, ce que j’ai rapidement accepté, avec la volonté de monter une équipe plurielle, de tous les âges et avec des opinions différentes. La campagne a été assez virulente, mais tout le monde arrive désormais à prendre un peu de hauteur. Et je suis moi aussi devenue la première femme maire de Dolus ! Chantal Pinkosz : entre 2008 et 2014, à Preuilly, j’avais fait un premier mandat d’adjointe au cours duquel j’avais travaillé avec un maire qui, comme moi, avait un fort caractère… Je n’étais pas repartie, mais j’avais continué à suivre la vie communale. Et quand on n’est pas content, on s’engage : cette année, j’ai décidé de me présenter avec une nouvelle équipe et je suis devenue, moi aussi, la première femme maire du village ! J’ai depuis dû abandonner mon travail, cette fonction demandant une disponibilité 24/24h, ou presque. Une maire femme, est-ce que cela change quelque chose, selon vous, dans le fonctionnement d’un conseil municipal et dans la relation aux citoyens ? Chantal Pinkosz : nous sommes peut-être un peu plus pragmatiques… Caroline Krier : … et polyvalentes. Et puis, quand on a une idée en tête, on ne lâche pas l’affaire ! Cécyl Deruyver : en tant que femme, je trouve qu’on est davantage capable de se remettre en question. À la mairie, j’écoute les uns, les autres, je ne suis peutêtre pas d’accord mais j’y réfléchis, et si c’est pour le bien de la commune, je mets un mouchoir sur mon ego (approbation générale)... Annie Courlivant : il faut de toute façon faire preuve d’humilité. C’est mon premier mandat, j’apprends. Me tromper n’est pas un problème. Chantal Pinkosz : j’ai connu un ancien maire qui disait toujours : « Je sais »… Moi, je n’ai pas honte de dire : « Je ne sais pas ». Caroline Krier : quand on est face à un administré qui pose une question technique, il ne faut jamais faire de promesses, mais toujours se renseigner… et ne jamais laisser traîner ! Chantal Pinkosz : ne jamais laisser traîner, c’est vraiment une des spécificités des femmes. Caroline Krier : la conséquence de tout cela, c’est que j’ai du mal à lâcher prise, même quand je pars en vacances. Annie Courlivant : Ah, tu arrives à prendre des vacances ? (sourires) Cécyl Deruyver : cette année, je n’ai allumé que trois jours mon ordinateur pendant mes congés… Nos collègues hommes arrivent, je pense, davantage à décrocher. Ils s’en remettent à leur secrétaire de mairie ou alors ils se disent : « Quand c’est fermé, c’est fermé ! » Moi, quelque part, je ne me sens pas encore tout à fait légitime. Et dans nos petites communes, il est compliqué de se relâcher : on n’a qu’un ou deux agents et un/une secrétaire de mairie, qui sont d’ailleurs obligés d’être performants dans presque tous les domaines. Annie Courlivant : au final, nous les femmes ne sommes ni dans le discours ni dans le blabla. Cela dit, attention : on ne fait surtout pas le procès des hommes ! Cécyl Deruyver : bien sûr, il ne s’agit pas de nous opposer : le binôme femme-homme est complémentaire. Le fait d’être une femme a-t-il été un frein ou un avantage dans votre parcours de candidate, puis d’élue ? Annie Courlivant : au moment de me lancer, ni l’un ni l’autre, mais par la suite, dans une commune très rurale comme la mienne, disons que certains se demandaient : « Est-ce qu’elle va savoir faire ? » D’ailleurs, lors des premiers conseils, ils sont venus voir comment ça se passait ! Mais dans ma liste, j’avais intégré des habitants du cru, avec des compétences importantes, ce qui a facilité les choses. Caroline Krier : un jour, alors que j’avais eu un échange un peu rude avec un élu, mes adjoints m’ont dit : « Heureusement que tu es une femme, sinon il t’en aurait collé une… » Plus généralement, je crois que tout dépend de comment, nous, femmes, on ressent les choses. Moi, je ne me sens pas du tout en défaut par rapport à un homme, je suis capable de défendre mes idées et de mener mon combat, même si je ressens parfois – à la com’com’ notamment – ce côté un peu patriarcal. Cécyl Deruyver : quand une femme dit qu’elle va se présenter, on lui demande toujours : « Mais comment tu vas faire ? », sous-entendu pour mener de front une vie professionnelle et une vie de mère. Pour ma part, j’avais décidé, dès mon élection, de faire bouger les choses et quelque part, ce que les autres pensaient, je m’en fichais. Je suis aussi partie du principe que homme ou femme, personne n’était compétent pour tout et que, lorsque je deviendrais maire, j’allais me former et m’entourer. L'important c’est d'écouter et de faire ensemble car nul n'est parfait partout. Justement, comment avez-vous été accueillies par vos collègues maires ? Chantal Pinkosz : pour ma part, de façon très naturelle. La plupart des maires voisins sont des amis. Annie Courlivant : femme ou homme, j’ai découvert une belle solidarité, avec cette impression que les maires déjà en place avaient envie de nous « cocooner ». Cécyl Deruyver : quand je suis arrivée dans l’ancienne Communauté de Communes Loches Développement, j’étais la plus jeune des femmes et j’ai commencé à dire que ma commune ne compterait pas pour du beurre. On m’a alors rétorqué gentiment : « Cécyl, tu ne vas pas commencer à nous emmerder ! » Évidemment, je ne me laisse pas faire, toutes les femmes maires qui sont là sont des pugnaces. Que pensez-vous de la parité hommes- femmes mise en place depuis 2026 dans les petites communes ? Caroline Krier : ça n’a pas été si évident à mettre en place, notamment au moment de désigner les adjoints. Dans nos petites communes, ce fonctionnement est un peu rigide. Avant la parité, je crois que les compétences et la disponibilité comptent davantage. Annie Courlivant : bien avant l’obligation de parité, dans les années 2000, quand j’étais conseillère municipale, nous n’étions que deux femmes au milieu de sept agriculteurs et là, je peux vous dire qu’il fallait se battre ! Depuis quelques années, les choses ont quand même évolué. Cécyl Deruyver : je suis d’accord, cela a bien bougé même si, quand je me rends quelque part avec mon premier adjoint, les gens s’adressent systématiquement à lui. Et là, je leur dis : « Désolée, mais celle qui est maire, c’est la blonde ! » Caroline Krier Annie Courlivant Cécyl Deruyver Chantal Pinkosz on en cause ? en commun • automne 2026 17 Interview : Benjamin Vasset
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