Olivier Morin, éleveur à Obterre et président de l’abattoir et Vincent Thiou, éleveur à Saint-Branchs. Sophie Levasseur, 3ème en partant de la gauche avec des maraîchers du Sud Touraine qui embauchent collectivement deux salariées. 8 maraîchers, 2 salariées On mutualise bien du matériel, alors pourquoi ne pas partager des compétences ? C’est l’idée qui a germé en 2025 entre Loches, Genillé, Louans et Sublaines... Elle a mûri au sein d’un groupe de maraîchers, lesquels ont convenu qu’ils n’avaient pas, chacun de leur côté, assez de travail à offrir à un ouvrier agricole à temps plein. Accompagnés par Loches Sud Touraine, ils ont alors procédé à du partage de main-d’œuvre et embauché Sarah, qui partage son temps entre plusieurs exploitations. « Comme je suis flexible, c’est un mode de fonctionnement qui me convient bien », expliquait Sarah quelques mois après ses premiers pas dans ce système. En 2026, elle a pu bénéficier d’un équivalent temps plein, tandis qu’une autre salariée, Pauline, a été employée à temps partiel, preuve que le système est efficace, quand bien même il a fallu s’ajuster pour organiser les plannings. D’abord gérés par un des maraîchers du groupe, ils ont été repris directement en main par Sophie Levasseur, chargée de mission agriculture et alimentation à Loches Sud Touraine. Cette démarche est la bienvenue dans une année elle aussi particulièrement rude pour les maraîchers en termes de conditions climatiques. « Évidemment que je suis satisfaite, confirme Marie Malbrand, maraîchère à Louans, qui emploie Sarah une journée par semaine. Mais il nous faut faire des concessions, car nous avons tous plus ou moins les mêmes besoins au même moment. Cette organisation tient sur la bonne entente que nous pouvons avoir. » À terme, cette initiative pourrait prendre la forme d’une nouvelle CUMA ou bien être rattachée à une CUMA existante. Cette formule permettrait à la fois le partage de main-d’œuvre et la mutualisation du matériel dont les maraîchers du Sud Touraine, qui exploitent souvent de petites parcelles, ont besoin. « Et puis, expose Marie Malbrand, cela nous permettrait de proposer un ou des contrats moins précaires aux salariés qui n’auraient qu’un seul et unique employeur. Certains pourraient travailler pour nous maraîchers, ou peut-être pour des vignerons, si les personnes sont polyvalentes. » Rédaction : Benjamin Vasset L’abattoir coopératif de Saint-Flovier, « un prolongement de nos fermes » Olivier Morin travaille dans le Berry, mais l’abattoir coopératif qu’il préside est situé à Saint-Flovier, en Sud Touraine. « Il s’agit d’un outil interdépartemental et interrégional, utilisé par des agriculteurs d’Indre, de Touraine, de Vienne… » Si Olivier Morin est venu relancer un élevage de volailles à Obterre, dans la ferme familiale qu’il a remise sur pied au début des années 2020, c’est justement parce qu’il savait qu’un abattoir coopératif, créé en 2006, était situé à « 4 km de son exploitation ». Une chance, car en zone rurale, les abattoirs ne sont paradoxalement pas légion. Sans celui de Saint-Flovier, il faudrait ainsi monter en Loiret-Cher ou descendre dans la Vienne pour tuer volailles, canards ou lapins élevés dans le bassin. « Et je devrais endosser en plus le coût d’une chambre froide sur l’exploitation », ajoute Olivier Morin, qui a désormais pris la présidence de l’abattoir. Le fonctionnement de ce dernier, géré par une société coopérative, se rapproche de celui d’une CUMA. Il y a un président, une AG plénière et des parts sociales – « au prorata du nombre d’animaux abattus par an » – dont s’empare la vingtaine d’éleveurs qui la composent. Ensuite, chacun utilise l’outil de façon autonome, en lien avec les quatre salariés qui y travaillent. « L’avantage de cette structure coopérative, c’est qu’on ne subit pas, affirme Olivier Morin. On maîtrise nos coûts, on maîtrise nos investissements, on se répartit les missions et les créneaux. C’est un prolongement de nos fermes, qui montre simplement qu’on peut mettre en commun un outil de production. » L’abattoir, agréé en agriculture biologique, tourne trois jours par semaine et turbine à hauteur d’environ 40 000 bêtes abattues chaque année. Le respect des normes CE qui le caractérise lui permet de fournir des cuisines de restauration scolaire et collective. À l’instar des CUMA, la mise en commun de l’outil n’est pas l’unique raison d’être de cette coopération. « Grâce à elle, on se connaît entre éleveurs, on échange sur d’autres sujets comme les débouchés et les enjeux vétérinaires. On est finalement plus des collègues que des concurrents. » Certains agriculteurs y trouvent même un complément de revenus, en travaillant à l’abattoir comme salarié à temps partiel. terre commune 19 en commun • automne 2026
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